OUI ou NON à la Routine Mouvements ?
Est-ce que la routine, c’est choisir une route ?
Et s’y tenir ?
La routine renvoie-t-elle à ce qu’on choisit pour soi, dans la durée et la régularité ? Et donc à sa responsabilité ?
Ici, la responsabilité de soi envers son corps en mouvement. Et se sentir responsable de son corps, c’est être responsable de soi et de sa vie, puisque ce corps et son mouvement sont notre véhicule à chaque instant.
Alors installer une routine mouvements, s’y tenir, la modifier, l’arrêter, ou ne pas avoir de routine est un sujet bien plus profond qu’il n’y paraît. Et qui est encore un espace d’observation passionnant de nos fonctionnements.
Comment je l’installe, comment je m’y tiens, ou pas. Et quand je me lasse. Et quand je m’autorise à arrêter, à recommencer. Et quand j’ai envie d’en parler, de partager. Quand je m’ennuie, quand je sens la pression. Quand je veux un bénéfice immédiat, quand je veux retrouver un ressenti, quand j’anticipe et projette, quand je suis surpris, quand je fais mécaniquement…
Il suffit d’échanger ensemble en petit groupe pour faire émerger la palette des attitudes : j’ai une routine depuis longtemps et elle me fait du bien, je voudrais installer une routine mais ça ne prend pas, la routine c’est enfermant pas question, je fais des mouvements tous les jours mais je varie la manière, j’aime en parler pour inspirer, je voudrais une routine mais pas seul(e), je tiens une routine quand tout va bien et quand la vie est bousculée je perds ce cadre, quand je voulais établir une routine pas moyen de la tenir et maintenant je m’aperçois qu’elle rentre dans ma journée spontanément,…
Finalement, installer une routine c’est toujours et encore s’écouter dans ses besoins, ses envies, ses contraintes et ses possibles ; c’est placer le curseur entre cadrage et liberté. Parce qu’en Edu-K, on n’oublie pas que toute croissance est recherche de structure. C’est la solidité, l’équilibre, la dynamique de cette structure qui permet la liberté et la créativité.
Alors la question n’est plus tellement d’avoir une routine mais de comment on la construit. Du choix des critères et variables découle le cadrage. L’horaire, la durée, le lieu, le matériel, le contenu, l’entourage. Ce qu’on choisit de garder fixe et ce qu’on veut moduler.
Le même enchaînement de mouvements à des horaires variables selon sa journée. Un horaire fixe et les mouvements qu’on a envie de faire sans pré-définir. Une organisation par semaine dédiée à une partie du corps différente. Une partie fixe avec des activités obligatoires et une partie libre. Une version longue quand ça va et une version courte pour les jours où le temps manque.
Quelle part de spontanéité pour dire « aujourd’hui, je mets de la musique » ou « aujourd’hui, je fais mes mouvements dans un parc » ? Et quelle satisfaction renouvelée du « c’est fait ! » quand on peut s’appuyer sur un cadre inamovible ?
Il y a bien sûr la question d’alimenter le contenu. Quels mouvements concrètement je vais faire dans ma routine ? Donc il va être question d’apprentissage. Un cours de gym, des tutos, une formation, des séances professionnelles, etc…
S’il est question d’apprentissage, il est aussi question d’objectif. Bien sûr, pourquoi je pose une routine (ou pourquoi je ne veux pas de ‘formule routine’) ? Au-delà de l’imprégnation d’un discours ambiant sur le sujet, la motivation la plus forte semble être l’envie de retrouver des bénéfices, sensations et ressentis déjà éprouvés. Et quand on n’a plus ces ressentis positifs ou qu’on perçoit leur versant négatif, le ressenti de manque peut déclencher la reprise de la routine – si on ne reste pas bloqué dans la culpabilité, et pourquoi pas la fatigue tout simplement.
Parce qu’être motivé n’enclenche pas forcément l’action. Parfois parce que la motivation n’est pas tout à fait au bon endroit. Est-ce qu’on veut bouger son dos ou jouer avec ses enfants ? Est-ce qu’on veut quitter une douleur ou se sentir libre de la direction de nos pas ? Est-ce qu’on veut mieux tourner la tête ou être ouvert à son environnement ?
Parfois les actions choisies ne sont pas en phase avec notre fonctionnement et là pas de secret : il faut expérimenter et observer et parfois tout arrêter, et laisser venir !
Et si le mot routine glace, on l’oublie ! Le vrai sujet n’est pas la routine, le vrai sujet est ce que je veux pour moi et ce que je peux faire pour moi.
Boire une gorgée d’eau avec l’intention de retrouver de l’énergie, croiser les bras sur soi comme pour se faire un câlin, se dire un mot d’encouragement, regarder trois secondes par la fenêtre, fermer les yeux…
A n’importe quel moment de la journée, parce que c’est LE moment. Et ce moment peut être un mouvement (la fontaine d’énergie, les points positifs, des mouvements croisés, l’étoile, un auto-massage, etc pour les connaisseurs)… ou autre chose.
Et il y a un point qui s’ajoute pour ceux qui transmettent des pratiques de mouvement : Quelle légitimité – et quelle éthique – à transmettre des mouvements et un discours autour du corps en mouvement si je n’applique pas tous les jours les pratiques que j’enseigne ? Quelle posture vers le monde extérieur si je n’intègre pas moi-même ce en quoi je crois, si je ne vis pas en mouvement à chaque instant, si je ne suis pas ce que je dis de faire ?
On peut vite se retrouver à la croisée des injonctions : être fidèle à ses valeurs, prendre soin de soi et de son corps, faire ce qu’on dit, faire ce qu’on sait bon. Et glisser de la responsabilité à la culpabilité et à l’immobilisme, à l’opposé du mouvement !
Alors une routine, ça se construit, ça se personnalise, et ça se laisse évoluer !
